Ecorce

  • Retour à la nuit

    Eric Maneval

    • Ecorce
    • 26 Novembre 2009

    - Écoute-moi bien, Antoine. Tu as eu de la chance que je sois là. Tu comprends ? Ne parle pas, fais-moi oui ou non de la tête.
    Oui.
    - Je t'ai sauvé la vie. Regarde-moi dans les yeux : je t'ai sauvé la vie, Antoine. Mais si tu veux te faire du mal, je peux te faire du mal. Je peux le faire à ta place. Tu comprends ?
    Non.
    - Tu as peur ?
    Oui.
    - Tu as peur de moi, mais tu n'as pas peur de plonger dans une rivière en crue ? T'es un drôle de numéro toi. Tu vois la bouteille que j'ai dans la main ? C'est de l'alcool à 90°. Je vais en mettre sur tes blessures. Ça va faire très mal. Ça va te brûler et tu vas hurler. C'est moi qui vais te faire mal. N'oublie pas ça : moi je peux te faire du mal. Tu t'en souviendras la prochaine fois que tu voudras mourir.

    Vingt-cinq ans plus tard, Antoine est veilleur de nuit dans un foyer à caractère social, près de Limoges. Il revient sur son histoire. Depuis cette cascade située près de Treignac, jusqu'à l'affaire du Découpeur.
    Une nuit, dans le foyer, il montrera ses cicatrices à Ouria, fascinée, qui voudra les revoir ensuite.
    Et les toucher.
    La nuit, tournée vers la forêt, l'adolescente parle toute seule à sa fenêtre.

  • Recluses

    Séverine Chevalier

    • Ecorce
    • 21 Novembre 2011

    Dix ans après, Suzanne se pointe comme une fleur, embrasse sa soeur Zia, la jette dans son fauteuil, embarque quelques fringues, roule à toute allure dans le parc du Centre jusqu'à sa voiture où elle harnache Zia sur le siège avant, replie l'engin, démarre et dit : « Ma soeurette, on va voir du pays. » Le fantôme de la fille en jaune plane sur l'itinéraire des deux soeurs lancées sur ses traces.
    Qui était Zora Korps, celle dont tout le monde a parlé au cours des semaines qui suivirent le drame ?
    Pour Suzanne, le découvrir devient une obsession.
    Pour Zia, c'est une énigme.

  • Bois

    Fred Gevart

    • Ecorce
    • 12 Décembre 2010

    Le dernier matin, quarante pour cent des suppliciés se conduisaient en lâches. Pleurant, hurlant, luttant du début à la fin. L'un d'eux a même tenté de gagner du temps par tous les moyens : lettres à sa mère, à son père, à ses frères et soeurs, à ses voisins, renversant par deux fois le verre de rhum et demandant une quatrième, puis une cinquième dernière cigarette. Un autre s'est tant débattu qu'il est tombé de la bascule dans le grand panier, sur le corps cisaillé de son compagnon. Certains, comme Lacenaire, sur-jouaient. La tête haute jusqu'à ce qu'elle tombe. Déversant leur mépris sur les membres du cortège, sur la foule, sur le bourreau. Mais quelques uns partaient sans forfanterie. Dignement. Sans faiblesse exagérée. Ils mouraient en hommes. Pense à Soudy, Callemin et Monnier, un matin d'avril 1913, à l'angle du boulevard Arago.
    Sylvain Michalski, à n'en pas douter, aurait été de leur trempe.
    Quant à toi.

    Lors de l'assaut du G.I.G.N., l'explosion avait effacé l'intégralité de sa mémoire. Vingt-huit ans réduits à néant. Mais Marlène était revenue. Ils avaient fondé une famille et le succès littéraire avait suivi.
    Après quinze ans d'abstinence, c'est dans un verre d'alcool que Michalski découvre ce qui s'est réellement passé dans les galeries désaffectées de la mine de Tungstène. L'amnésie lui avait tout donné, mais à présent la vérité vient reprendre son dû.

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