Grasset Et Fasquelle

  • Marco Carrera est le « colibri ». Comme l'oiseau, il emploie toute son énergie à rester au même endroit, à tenir bon malgré les drames qui ponctuent son existence. Alors que s'ouvre le roman, toutes les certitudes de cet ophtalmologue renommé, père et heureux en ménage, vont être balayées par une étrange visite au sujet de son épouse, et les événements de l'été 1981 ne cesseront d'être ravivés à sa mémoire.
    Cadet d'une fratrie de trois, Marco vit une enfance heureuse à Florence. L'été, lui et sa famille s'établissent dans leur maison de Bolgheri, nichée au sein d'une pinède de la côte Toscane. Cette propriété, qui devait symboliser le bonheur familial, est pourtant le lieu où va se jouer le drame dont aucun membre de la famille Carrera ne se relèvera tout à fait. En cet été 1981, celui de ses vingt-deux ans, se cristallisent les craintes et les espoirs de Marco qui devra affronter la perte d'un être cher et connaîtra un amour si absolu qu'il ne le quittera plus.
    Grâce à une architecture romanesque remarquable qui procède de coïncidences en découvertes, Veronesi livre un roman ample et puissant qui happe le lecteur dans un monde plus vrai que nature où la vie, toujours, triomphe.

  • Pietro Palladini est immobile, Dans l'oeil du cyclone. Il ne sort plus de sa voiture, garée au bas de l'école de sa fille à Milan. Ce quadragénaire séduisant que la vie avait épargné vient de perdre sa femme, Lara. Il attend de souffrir, mais ce n'est pas si facile de ressentir la perte. Les amis et les anonymes viennent lui parler, l'étreindre, partager ce temps suspendu, ce " chaos calme " où il se réfugie désormais. Une jolie fille qui promène son chien, les collègues de travail à la veille d'une fusion financière sans précédent, un frère fumeur d'opium, une belle-soeur qui se dénude en pleine crise de nerfs, une milliardaire érotisée, tous perdent à un moment leur calme, leur dignité, leurs masques. Tous renoncent à la comédie sociale. Sur cette situation digne d'un Beckett loufoque. Sandre Veronesi construit un roman polyphonique, livre de la maturité, émouvant, ample, magistralement tissé : le mélange de l'intime dans ce qu'il a de plus vibrant et du réel dans ce qu'il a de plus dérangeant.

  • En l'espace de vingt-quatre heures, un homme perd le contrôle de sa vie : il commet une faute professionnelle, se fait retirer son permis de conduire et égare son téléphone portable. De retour à son bureau, il trouve sa secrétaire en pleurs, la police a tout emporté et son associé a pris la fuite. Pendant ce temps, alors que son monde s'écroule autour de lui, sa compagne le quitte et sa fille part s'installer chez sa tante.
    Cet homme, c'est Pietro Paladini, le héros de Chaos calme, soudain pris dans le tourbillon de la vie. Seul, craignant d'être traqué par la police pour des délits dont il ne sait rien, Pietro décide de disparaître à son tour et cherche désespérément à retrouver la vie normale qu'il a perdue ou du moins, qu'il pensait être la sienne.

  • L'Évangile de Marc est un récit centré sur l'action du Christ plutôt que sur ses paroles, le premier, le plus bref, mais surtout le plus énigmatique des quatre évangiles. Sandro Veronesi, en l'interprétant pour le lecteur contemporain, en restitue toute la modernité.
    Selon lui, cet Évangile écrit à Rome à l'attention des Romains est une machine à conversion d'une efficacité narrative redoutable, ressemblant davantage aux scénarios des films de Quentin Tarantino ou de Sergio Leone qu'aux textes des autres Évangiles qui racontent pourtant la même histoire. Minutieusement réglé sur l'imaginaire épique et l'univers de ses destinataires, il dessine une figure de Jésus très différente de celle décrite dans les textes postérieurs. Marc a rencontré Pierre à Rome au Ier siècle, recueillant le témoignage direct de celui qui devait fonder la religion chrétienne. Or la formidable modernité de ce texte, selon la thèse de l'auteur, tient justement aux choix narratifs effectués par Marc qui décide d'écarter certains des épisodes les plus célèbres de la vie de Jésus Christ, comme le Sermon de la Montagne ou la Résurrection.
    Les références à la culture contemporaine ainsi que le ton malicieux et parfois insolent de Sandro Veronesi rendent la lecture de cette fine analyse particulièrement réjouissante. Selon saint Marc contient de nombreuses découvertes aussi surprenantes que truculentes sur l'un des fondements du christianisme : l'écriture du récit de la vie d'un héros solitaire et mystérieux, le Christ.

  • XY

    Sandro Veronesi

    San Giuda est un petit hameau de 42 âmes perdu dans les montagnes du nord de l'Italie. Chaque matin, à 10 heures, le traineau de Beppe Formento, qui tient un centre équestre de l'autre côté du bois, arrive avec ses quelques touristes, pour une visite éclair du village avant de repartir d'où il est venu. Tous les jours, sans exception.Imaginez donc la consternation des habitants lorsque, par un matin de novembre, le traineau se présente vide sur la place du village, tiré par un seul des deux chevaux, terrorisé et les yeux révulsés.
    Inquiets, trois hommes, dont le prêtre, partent en motoneige voir ce qui a bien pu se passer.Ils découvrent alors des corps recouverts de neige, Beppe décapité et l'arbre gelé tous les ans au canon à neige pour donner aux lieux une aura de mystère, imbibé de sang. Au même moment, Giovanna, jeune psychiatre à l'hôpital de la ville voisine, se réveille la main et les draps tachés de sang. Une cicatrice vieille de 15 ans s'est rouverte de façon inexpliquée.L'enquête commence, piétine, mais la police et le procureur doivent pourtant présenter leurs conclusions.

  • Italie, années 60. Deux mondes différents mais parallèles se font face. D'une part le Chantier, quartier des bas-fonds planté sur un sordide lopin de terre, où les habitants, des laissés pour compte, survivent tant bien que mal en marge du boum économique. C'est dans ce quartier miteux que Salvatore, enfant des rues échappé de l'orphelinat, trouvera refuge et fera la connaissance du vieil Omero, qui lui ouvre sa porte, de Rase-Mèche qui, à la mort du vieil homme, l'initie à ses activités et de Pampa, autre gamin des rues, solitaire et sauvage. De l'autre côté du chemin : les enfants trouvés de l'orphelinat, placé sous l'autorité du Père Spartacus, ancien missionnaire intégriste qui souhaite ériger, à la gloire de la Sainte Vierge, un sanctuaire fait d'engrenages et de néons, grâce au magot d'un petit malfrat repenti... Entre ces deux mondes, peu de mots. Peu d'échanges. Rien. D'un côté, le progrès, la modernité bourgeoise. De l'autre, les enfants des rues, les laissés pour compte, les victimes. Un roman très beau et d'une grande délicatesse qui ne décevra pas les nombreux lecteurs de Chaos calme.

  • Acclamé comme véritable chef-d'oeuvre, Prophétie, qui ouvre ce recueil, traite des difficultés d'un fils qui accompagne son père tout le long d'une maladie aussi éprouvante qu'incurable. Veronesi nous conduit dans son monde où règnent l'obsession du mal, l'amour, la mort.
    On saisit les personnages au tournant de leur vie, ou à l'époque de leur maturité tourmentée, hantés par des questions irrésolues aux conséquences parfois dramatiques.
    Un briquet atterrit dans le moteur d'une voiture, une vieille voix au téléphone veut parler à une inconnue, une simple promenade à Paris se termine par l'inquiétante traversée à pied des Champs-Élysées... Il faut le lire pour le croire.
    Ce que vivent les protagonistes de ces nouvelles est banal et extraordinaire à la fois, si bien que l'on a envie d'accompagner ces gens ordinaires pour donner un sens à ce qu'ils font. Magistral.

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